Revue Bergamote & Macaron
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Histoire cochonne et révolutionnaire

 

Les temps de crise sont toujours pleins de surprises. Les guerres divisent souvent amis et familles. Les révolutions de même, il y a les pour et les contre …certains subissent, d'autres profitent.
Dans de lointains pays, les condamnés à mort ou leurs familles doivent même payer la balle qui va mettre fin à leurs jours. A qui profite le crime ? Certaines justices ne seraient-elles pas plus sauvages que les simples bougres ?
Notre belle Lorraine n'échappe pas à la règle. Pendant la Révolution, une nouvelle occupation a vu le jour : s'occuper moyennant finance des biens des expatriés et autres ennemis de la République.
Notre héros vit sa vie de cochon paisiblement à Tremblecourt, petit village situé au centre d'un triangle formé par Nancy, Toul et Pont à Mousson.
Son propriétaire n'est autre que le curé du lieu Don Joseph Baudot (1).
Ce Saint homme, né en 1750 à Besançon, officiait à l'Abbaye de Saint Avold. En fait de Saint homme, notre ecclésiastique n'affichait pas la tempérance comme vertu mais bien au contraire il aimait la bonne chair (toutes les chairs) et goûtait les bienfaits des espèces sonnantes et trébuchantes. Les ouailles de Saint Avold s'en émurent. Il fut alors chargé par ses supérieurs de rédiger les cahiers de doléance du clergé de Vic sur Seille.
La bougeotte ou les nécessités conduisent ensuite notre homme dans les Abbayes de Toul Saint Mansuy et Saint Evre.
1791, les exigences de la Révolution le virent opportunément prêter serment à la Constitution. Il devient alors "prêtre jureur" et obtient une nomination comme Principal du collège et du séminaire Saint Claude de Toul.
L'histoire dira que notre homme disparut lors de la fermeture de l'établissement avec les 6 000 livres octroyées pour l'installation du séminaire. Envolé le Saint homme. Cependant il ne doit pas être bien loin, car on le retrouve en août 1792 à Tremblecourt (tiens ! tiens !) où il prend la charge de Curé, …et d'éleveur de cochon !

 
Là, au lieu de se calmer et de se faire oublier, le prêtre se remet à contester et protester de plus belle. Novembre 1793, il dépasse les limites de l'acceptable et demande un jour à ses paroissiens, en prêche, de faire le serment de maintenir la Religion Catholique Apostolique et Romaine, celle dans laquelle ils avaient promis de vivre (par le baptême, avant la Révolution) ou de mourir en la défendant. Bref, " le Saint homme a pété les plombs ".
La réaction des autorités ne se fait pas attendre. Le lendemain du sermon, deux commissaires chargés par la Société populaire de Toul d'inventorier les objets du Culte se présentent à Tremblecourt. Baudot les injurie copieusement ainsi que les officiers municipaux qui accompagnent les commissaires. Pire, notre curé inconscient fait sonner le tocsin pour alerter ses ouailles. Cette attitude lui vaut d'être arrêté le 28 novembre 1793.
Alors le maire, mis au courant du mandat d'arrêt, propose à la maréchaussée d'aller lui même chercher le curé. Pour faire patienter les pandores, il leur verse un verre de vin local, court chez le curé et l'enjoint de se sauver par le jardin derrière la cure. Le brave homme inconscient de la réalité de l'instant refuse, et toutes les suppliques du maire n'y font rien. Las de patienter au domicile du maire, les gardes révolutionnaires viennent eux-mêmes cueillir le curé.
Dès son arrestation, une personne est chargée de l'entretien du jardin, de la basse cour et du fameux cochon. Bien évidemment un salaire est octroyé.
Baudot est emmené à Paris où il est jugé, condamné à mort et exécuté le 28 germinal an II (17 avril 1794). Il est inhumé au cimetière Errancis.
Dans les attendus du procès on trouve : "Condamné comme convaincu d'avoir excité la guerre civile par le fanatisme et la superstition, pour avoir rétracté son serment et fait promettre à ses paroissiens de mourir dans la religion Catholique apostolique et romaine". Après l'exécution de Baudot, la vente de ses biens eut lieu, hormis celle du cochon. L'homme chargé de son entretien continua sa mission et perçut toujours les émoluments de sa fonction et le remboursement des frais afférents à la nourriture et au bien être du bestiau, en clair, il continua d'engraisser.
Un jour cependant, les autorités considérèrent, compte tenu que le propriétaire du cochon n'était plus de ce monde, qu'il n'était plus nécessaire de maintenir l'animal en vie. Là encore il faut comprendre : "Gourry était assez gras".
Les jours de notre héros étaient comptés. L'exécution eut lieu et on ignore si le tristement célèbre Sanson fit le déplacement de Paris pour exécuter ses basses œuvres à Tremblecourt, aucun document ne l'atteste.

La révolution Française venait de faire une victime de plus !

Notes : 1. sur certains documents, on trouve la mention de Claude et non Joseph Baudot (il s'agit néanmoins de la même personne).
Sources : La révolution à Toul 1788-1795 édition association le Pélican Archives municipales de Tremblecourt
Patrick ANDERSEN, adhérent n° 5272
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