En me documentant sur Mgr Thouvenin dans La Semaine
religieuse (1) en vue de l'exposition du Cercle, je suis tombé par
hasard sur ce titre et le texte suivant : " D'après la Revue
d'Histoire de l'Église de France (juillet 1933), le Bégonia doit
son nom à une gracieuse attention du botaniste Plumier, qui, pour
témoigner sa respectueuse gratitude à Michel Bégon, habile fonctionnaire
colonial sous Louis XIV, dédia cette jolie fleur qu'il avait rapportée
d'Amérique, à Scipion-Jérôme Bégon, qui fut évêque de Toul, de 1723
à 1753, en l'appelant du nom de ce prélat : " Bégonia ".

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Féru de botanique, ma curiosité fut aussitôt éveillée.
Certes, il n'est pas rare que des noms de végétaux dérivent de personnages
historiques ou légendaires (le bougainvillée ou bougainvillier de
Bougainville, le fuchsia de Fuchs, l'achillée d'Achille...) et je
connaissais cet évêque au prénom si caractéristique pour avoir rencontré
son patronyme en tête de listes de confirmés, mais je trouvais singulier
qu'une plante lui soit consacrée en hommage à une tierce personne,
fut-elle de sa famille. Qu'en était-il exactement ?

Un bégonia
Source : The Tuberous Begonia. London : Gardening World Office,
1888
De la consultation du Grand Larousse universel
et du Grand Robert de la langue française, il ressort que le mot
bégonia a été créé en 1706, ou même avant, par le botaniste Plumier
en l'honneur de Michel Bégon, gouverneur (ou intendant) français
de Saint-Domingue. Cela me parut plus conforme aux usages et à
la chronologie. Mais qui était ce Plumier ?
La réponse figure dans le Grand Larousse universel (2) : " Charles
Plumier, botaniste et voyageur français (Marseille 1646 - Puerto
de Santa Maria, près de Cadix, 1706). Il fit plusieurs voyages
aux Antilles et en Amérique du Sud comme botaniste du roi. On
lui doit Nova plantarum americanum genera (1703) et un superbe
Traité des fougères de l'Amérique (1705). " Linné lui a d'ailleurs
dédié le genre Plumiera, de la famille des Pervenches, et une
espèce, le Laiteron de Plumier.
Il restait à trouver le lien de parenté plus que probable entre
le gouverneur de Saint-Domingue et l'évêque de Toul. Le renseignement
se trouve dans le Dictionnaire de la noblesse (3) : " Bégon, famille
noble originaire de Blois, qui a été une des plus considérables
du pays, mais doit son principal lustre à MICHEL BEGON, IIIème
du nom, qui s'est rendu recommandable par son amour pour les Belles-lettres,
& par son zèle pour ce qui regarde le bien public. Après avoir
rempli les principales charges de la robe dans son pays, le Marquis
de Seignelay (4) le fit entrer dans la Marine en 1677 ; il fut
successivement Intendant du Havre, des Colonies Françoises en
Amérique, des Galères, Conseiller d'honneur au Parlement de Provence,
Intendant du Port de Rochefort, avec la Généralité de la Rochelle,
en 1694. Il mourut le 14 Mars 1710, & a laissé de Madeleine Druillon
" 8 enfants dont le deuxième, " SCIPION-JÉRÔME, Abbé de Saint-Germer-de-Fleix
(5), puis Conseiller du Roi en son Conseil d'Etat, Evêque-Comte
de Toul, Prince du Saint Empire, mort le 28 Décembre 1753, âgé
de 77 ans. "
Lors d'un passage à la bibliothèque diocésaine, j'en ai profité
pour consulter l'article incriminé. Il s'agit de la présentation
d'un ouvrage consacré aux Bégon (6). On y apprend d'une part que
Michel Bégon, curieux de tout, possédait une imposante bibliothèque
et collectionnait toutes sortes d'objets originaux et d'autre
part que c'est bien à lui que Plumier a dédié une plante ramenée
d'Amérique.
En conclusion, l'information parue dans La Semaine religieuse
est une pure invention de son auteur et si le mot bégonia dérive
bien du patronyme Bégon, il n'a pas été créé à l'intention de
l'Evêque de Toul (7), même s'il fut l'un des plus grands, mais
de son père. Ce terme a été repris par la suite dans la classification
botanique pour dénommer le genre Begonia qui comprend plus de
quatre cents espèces connues réunies dans la famille des Bégoniacées.
Le Jardin Botanique, à Villers-lès-Nancy, en possède une belle
collection.
Remarque : II serait dommage de terminer cet article sans mentionner
deux grands horticulteurs qui firent connaître Nancy dans le monde
entier. Spécialistes des croisements chez les végétaux, ils créèrent
de nombreuses variétés florales nouvelles parmi lesquelles des
bégonias dont le second se fit une spécialité. Aussi célèbres
l'un que l'autre, il s'agit de Victor LEMOINE (1823-1911) qui
possède une rue à son nom et de François Félix CROUSSE (1840-1925)
qui refusa l'idée, quant à lui, qu'une rue porte son nom après
sa disparition et dont les établissements se trouvaient dans la
rue…des Bégonias (8). Une partie de l'allée périphérique du Parc
Sainte-Marie lui a, cependant, été dédiée.
Notes : 1. La Semaine religieuse du diocèse de Nancy et de Toul,
Nancy, 1933, n° 50, p. 810. 2. Voir aussi JACQUET (Pierre), Une
histoire de l'orchidologie française, Paris, 2002, pp. 51-52.
3. AUBERT DE LA CHENAYE-DESBOIS (François), Dictionnaire de la
noblesse, Paris, 1863 à 1876, L II, pp. 823-826., 3ème édition.
4. Fils de Colbert, ministre de la Marine. Du nom d'une importante
seigneurie (chef-lieu de canton de l'Yonne, arrondissement d'Auxerre)
acquise par Colbert et érigée en marquisat en sa faveur. 5. Aujourd'hui
Saint-Germain-de-Fly, commune de l'Oise, arrondissement de Beauvais.
6. BEZARD (Yvonne), Fonctionnaires maritimes et coloniaux sous
Louis XIV. Les Bégon. Paris, 1932. 7. En 1745, Mgr Bégon consacra
l'église Saint-Jacques de Lunéville où son portrait en profil
de médaille, a été redécouvert à l'occasion de récents travaux
de restauration (Est magazine n° 216 du 01. 06. 2003). 8. Voie
d'abord dénommée rue Voltaire mais, devant les protestations des
riverains, elle fut rebaptisée rue des Bégonias en 1894. Un jardin
particulier, le Jardin de la Tortue, a été aménagé dans le goût
1900 sur l'emplacement d'une partie des pépinières Crousse. Il
est ouvert au public deux fois par an (voir la brochure "Visitez
un jardin en Lorraine").
Jean-Marie BERGEROT, adhérent n° 5996 |
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