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Mon ancêtre préféré

 

Une photo découverte au fond d'une boite, signée au dos du photographe BARTHELEMY, 6 rue des 4 églises à Nancy, et la question se pose alors : quel est ce beau vieillard à l'œil vif et malin, on dirait même qu'il me fait un clin d'oeil, au front haut et aux cheveux blancs ? C'est Louis Emmanuel Léopold NICOLAS, prénom et nom bien lorrains, me confie ma vieille tante, véritable mémoire de la famille à laquelle je dois beaucoup dans mes recherches.
Son acte de naissance en date du 13 frimaire an 9 de la République Française découvert aux archives municipales de Nancy couvre une page entière. Et, c'est avec beaucoup d'émotion que je lis l'histoire des premières heures de la vie de ce malheureux bébé trouvé déposé "dés sa naissance devant la porte de l'hospice des enfants de la patrie" ; les faits sont constatés par le citoyen Thierry, commissaire de police à Nancy, qui signe cette déclaration. En effet la loi du 25 juin 1793 oblige la nation à s'occuper des enfants abandonnés que l'on nomme "enfants de la Patrie".


En quelques mots, voici l'historique de cette institution : Par une ordonnance du duc LEOPOLD en date du 20 janvier 1715 se crée à Nancy un établissement destiné à recevoir des orphelines de 6 à 12 ans, situé rue de la Hache, une partie de cette rue existe d'ailleurs encore sous le nom de "rue des Orphelines". Cette fondation est l'œuvre de Dame Françoise Catherine CROIZET, dame d'Heillecourt. On y ajoute alors un hôpital, puis l'hospice est transporté rue des Minimes au n°446, le n°2 de l'actuelle rue Gilbert, puis au 246 de le rue St Dizier, l'actuel n°118 où, à la révolution, il deviendra, par la loi du 15 vendémiaire an V, l'hospice des enfants de la patrie, placé sous l'administration de la commission des hospices civils de Nancy, puis l'hospice Saint Stanislas.
La description des objets déposés avec l'enfant laisse supposer qu'il ne s'agit pas d'un abandon pour cause de pauvreté, mais bel et bien d'un phénomène social car cet enfant est " né du péché " , enfant de fille mère... Intéressons-nous à ce trousseau abondant - c'est ce qui explique la longueur de cet acte de naissance - et de qualité : 3 bonnets de taffetas de couleur rose ....17 chemises garnies de mousseline ... 2 paillassons ... 2 couvertures de flanelle…tout le linge est marqué d'un L et d'un E en coton brodé....un oreiller ... un morceau de sucre de 2 livres .... un billet ainsi rédigé " Louis Emmanuel Léopold, non baptisé".
Cet enfant est donc provisoirement confié à cet établissement. Certains signes - les initiales brodées - les 3 prénoms indiqués - laissent supposer qu'il n'est pas définitivement abandonné. En effet, le 30 germinal an II, il est légitimé au mariage de ses parents : Charles NICOLAS, pharmacien, huissier prés du tribunal de l'arrondissement de Lunéville - et Anne Rosalie MATHIEU, demeurant rue des enfants de la patrie depuis 1796 où elle est signalée rentière.
Mon ancêtre se marie à son tour à 28 ans, le 28 décembre 1828 à Lanfroicourt (canton de Nomeny) avec Anne Marie MATHIEU, qui n'est pas une parente, il est alors commis adjoint d'un receveur à cheval des droits indirects de la direction de Lunéville, où il est domicilié. Il n'aura qu'une fille Elisabeth Léonide, née le 10 janvier 1830 rue du château à Lunéville. Il meurt le 4 janvier 1870 en la maison du Faubourg Stanislas, 9 mois après son épouse.
Voilà donc mon ancêtre préféré. Pourquoi celui-ci plus qu'un autre ? Sans doute ai-je été émue par les débuts difficiles de cet enfant qui ne connaît sa mère qu'à plus de 2 ans, mais aussi parce que cette photo me permet d'associer un visage à un nom. C'est pour moi à présent plus qu'un numéro SOSA, une date, un lieu. Il reste dans mon souvenir le bon grand-père auprès duquel on aurait aimé se blottir en suçant son pouce pour écouter quelques histoires du temps passé.

Mairie de la ville de NANCY.
Arrondissement communal de Nancy Département de la Meurthe
Du quatorze frimaire l'An Neuf de la République française.

 

Acte de naissance de Louis Emmanuel
Léopold, trouvé exposé prés de la porte d'entrée de l'hospice des
enfants de la patrie de cette ville, le treize du courant à six heures
un quart du soir, lequel a été reconnu mâle, paraissant né du jour
ainsi qu'il est constaté par le procès verbal dressé le même jour par le
citoyen Thierry commissaire de police en cette ville et dans la…..
Ce jourdhuy treize frimaire an neuf à six heures un quart du soir, moi
Joseph François Hubert Thierry commissaire de police à Nancy, en suite de
L'avis que nous avons reçu, nous étant tranporté devant la porte d'entrée
de l'hospice des enfants de la patrie y avons trouvé exposé un enfant que
Nous avons reconnu mâle paraissant né du jour. Il avait deux bonnets
de taffetas, un couleur rose, l'autre gorge de pigeon, trois de piqué
deux d'indienne fond blanc à petites mouches bleues, tous sept garnis de
dentelles, trois bonnets de laine tricotés, dix béguins (1) tous garnis de
dentelle ou en mousseline, dix sept chemises garnies en mousseline
vingt quatre linges, huit devant de couverture garnis en mousseline
douze petits demi mouchoirs de mousseline, quatre grandes bandes,
quatre petites, deux paillasses, six petites serviettes nappées avec
des cordons, deux couvertures de flanelle bordée en ruban de fil blanc
une petite catalogne (2) avec une raie rouge aux deux bouts, tout le
linge est marqué d'un L et d'un E en coton bleu, en outre un oreiller
de futaine (3) grise à raies bleues et deux tayes , un morceau de sucre
de poids de deux livres et un billet en lettres imitant l'impression ainsi conçue
Louis Emmanuel Léopold, non baptisé, après cette reconnaissance, nous
avons déposé provisoirement cet enfant à l'hospice susdit nous réservant de le
présenter demain à l'officier de l'état civil de la commune avec ce procès
verbal fait et clos les an mois jour heure et lieu avant dite.Signé Thierry,
Commissaire…

 

Notes :
§ 1- Béguin : espèce de coiffe de linge pour les enfants qui s'attache sous le menton avec une petite bride. (Source : dictionnaire de l'Académie Française,Vème édition, 1798).
§ 2- Catalogne : tissus texturé fait de lisière de coton reliée par une chaîne de ficelle de coton.
§ 3- Futaine : étoffe de fil et coton

Françoise GILLET WOLFF, adhérente n° 5277

Comme Françoise, nous avons tous un ancêtre que nous aimons plus particulièrement pour son histoire, sa profession, les conditions qui nous ont amenés à le découvrir, les documents que nous possédons sur lui, les difficultés à retrouver sa trace…Faites-nous partager vos impressions, sa découverte… Envoyez-nous son histoire. Ce sera l'objet d'une nouvelle rubrique : Mon ancêtre préféré !

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